Alors que les frimas de Novembre s'installent dans la région ;
brumes grises, pluies diluviennes et asphalte détrempée, tu sens
que tu t'enfonces de plus en plus dans une monotonie catatonique. Et
là, plus rien ne va. Quoi qu'il se passe, tu traînes ton apathie
comme un fantôme traînerait son boulet.
Tu deviens plus asociale, plus solitaire. Mais on te connaît,
c'est ton « M.O. ». On a l'habitude de te voir traverser
l'hiver dans ces états neurasthéniques nécessaires à ta survie.
Sans néant, pas de résurrection. Et tous les printemps, tu reviens
à la vie. En attendant, un autre hiver se profile, et avec ce
dernier, l'éternelle question qui revient te hanter : comment
traverser les flux et reflux spleenétiques de cette saison froide ?

Tu commences à multiplier les activités d'intérieur, à glisser
doucement vers le royaume du cotonneux cocon de ton lit. Tu lis, tu
écris un peu, tu bois thé sur thé, tu contemples le feu crépiter
dans la cheminée (ton activité préférée), tu enchaînes les
cassettes vidéo sur ton combiné tv magnéto. Le son de la bande se
rembobinant te procure un sentiment de sécurité. Ça te ramène
invariablement à ton enfance, au vidéo store du village, et à
l'implacable rituel du samedi soir en famille : louer une
cassette vidéo, acheter une pizza et la savourer devant le film.
Maintenant les dvd ont supplanté les K7 sur le marché et ce n'est
plus pareil. C'est trop rapide, trop facile. Tu as besoin de sentir
la bande magnétique du film, de voir les grains et les imperfections
se former à l'écran : tu es bénie par la malédiction de la
nostalgie – étymologiquement, la maladie du retour. Et c'est ce
que la saison sombre est pour toi. Un sempiternel retour vers des
terres plus hostiles, moins amènes, mais peut-être plus fertiles
intérieurement. Dans la froideur et la solitude se dessine avec plus
d'acuité ton paysage imaginaire.

Le téléphone fixe sonne.
« Bonjour Soline... Comment vont tes parents ? … Bien
sûr je te la passe ! »
La voix enjouée de ta mère
résonne dans toute la maison.
Ca faisait longtemps que Soline ne t'avait pas appelée. Tu t'extrais de ton énième visionnage de Blair Witch 2 et prends l'appel dans ta chambre.
« Ça te dirait une petite fête ce soir ? On a la
salle en face du terrain de pétanque gratuite avec l'association des
jeunes. C'est un peu last minute
mais j'ai invité toute la classe. »
Tu l'écoutes un peu
mollement en tripotant les cassettes audio vierges qui traînent sur
ton bureau. Tu n'es pas ce qu'on pourrait qualifier de « motivée »
mais tu sens aussi la dépression poindre le bout de son nez.
T'extraire de cet état ne pourrait que t'être bénéfique. D'un
autre côté, tu pourrais aussi t'adonner à une activité créative
et canaliser ces émotions grisâtres autrement ce soir. Juste pas
avec mille gens autour de toi.

Si tu te sens de braver le froid
et la dép de novembre, tourne à la page 32.
Si tu préfères
rester au calme ce soir et faire quelque chose de créatif, tourne à
la page 23.