Dans le bus, des petits groupes de jeunes sont amassés et regardent les gens passer en coin. Yeux mesquins, langues affûtées et vêtements de marques, ils trônent au fond du car et ne loupent aucun détail des passagers qui les entourent.
Ils verrouillent à présent leurs regards vipérins sur toi et te toisent plus que de raison. Ils te scannent comme un jambon à la boucherie. Des syllabes se forment, des mots, des rires. Ils commentent ta posture, tes vêtements, la forme de ton visage, tes expressions. Chaque détail est scruté, disséqué et vomi à la bile de la haine. Tu n'as rien demandé, pourtant tu es passée de simple inconnue du bus à souffre-douleur improvisée.
Abasourdie et humiliée, tu n'as plus aucun contrôle sur ton corps. Tu commences à violemment trembler des mains. Tes yeux se remplissent de larmes. Tu sens ton menton tressaillir comme si tu allais exploser en sanglots. Et tu te retiens du mieux que tu peux pour ne rien leur lâcher. Tu as l'impression d'avoir 12 ans à nouveau. Rien n'a changé. Aimanté à ta panique, l'un d'eux a tout de suite vu ton changement de comportement et  surenchérit alors :
- On a la tremblotte pauvre tache?
Et les rires redoublent de décibels et de cruauté. Tu te sens totalement impuissante... à moins que... tu puisses faire basculer toute cette dynamique malsaine. C'est encore possible. Une seule question :
Connais-tu le cri de ralliement?